Loi

Pour les musulmans: le Coran fonde une Loi que Dieu a donnée par l'intermédiaire de Son Prophète Mahomet. Cette Loi, intangible et parfaite, recèle la vérité et s'exerce sur tous les champs de l'activité humaine. Les questions cultuelles, sociales, politiques, domestiques, trouvent leur formulation et leur réponse dans une unique dimension religieuse, exposée sous la forme de la Loi coranique. "Le Coran se présente comme un code religieux et social, d'où le caractère essentiellement juridique de l'islam, défini avant tout par une Loi (charî'a)" (Dominique Sourdel, L'Islam, -1962-). Il n'y a donc pas en Islam de notion de séparation des pouvoirs temporels et spirituels, du politique et du religieux. Au nom même de l'unicité sainte de la Loi, la distinction serait perçue comme une perversion de Sa lettre et une atteinte au décret de Celui-là même qui en a donné le contenu, c'est-à-dire Dieu.

Pour les chrétiens: la loi à laquelle on se doit d'obéir est, de façon générale, celle de la cité: "Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute institution humaine: soit au roi, comme souverain, soit aux gouverneurs, comme envoyés par lui pour punir ceux qui font le mal et féliciter ceux qui font le bien" (1Pierre 3.13-14). Car, "en effet, les magistrats ne sont pas à craindre quand on fait le bien, mais quand on fait le mal. Veux-tu n'avoir pas à craindre l'autorité? Fais le bien, et tu recevras des éloges; car elle est l'instrument de Dieu pour te conduire au bien" (Romain 13.3-4). Ainsi les lois que formulent les hommes pour se gouverner sont-elles bonnes, en ce sens où elles sont le fait, soit d'un droit naturel inspiré par Dieu, soit d'une longue traduction de Ses dix commandements, adaptés dans le langage de chaque époque et de chaque société. La place du chrétien face aux lois de la cité revient alors à faire qu'elles demeurent toujours dans la ligne de cet héritage et qu'elles en tirent toujours le meilleur avantage. La loi peut ainsi se décliner sous des formes très variées et évoluer sans pourtant cesser d'être, sur le plan de la justice sociale, une expression d'inspiration divine.

Quant à la loi spirituelle, elle concerne chaque individu en son âme et conscience, lui commandant l'amour de Dieu et l'amour du prochain: "Jésus lui dit: Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit: voilà le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable: tu aimeras ton prochain comme toi même" (Matthieu 22.37-39). Cette loi ne soustrait pas l'homme aux lois de la cité, mais enrichit celle-ci d'hommes et de femmes ayant pour loi supérieure l'amour et le bien d'autrui qu'ils puisent en Dieu. De fait, la loi du Christ est une loi de perfection: "Soyez parfaits comme mon Père qui est au Ciel est parfait". Cette loi de perfection est déjà, ici-bas, union à Dieu dans Sa ressemblance.

Controverse: au sujet de la perfection réclamée par le Christ pour Ses disciples, la controverse qui eut lieu, en 1390, entre le futur empereur chrétien de Byzance, Manuel II Paléologue, et un important dignitaire musulman, dont il était alors l'otage, donne bien à comprendre la distinction entre les deux voies, celle du Christ et celle du Coran. Face à la perfection spirituelle exigée par le Christ pour qui veut devenir Son disciple, "le musulman répond que la Loi du Christ est en effet belle et bonne... Mais elle est trop dure, trop lourde, trop élevée et donc impraticable par les hommes. C'est pécher par excès que de devoir aimer ses ennemis, rechercher la pauvreté, supporter la virginité, contraire à la raison et à notre nature d'êtres corporels... La Loi de Mahomet tient la voie moyenne entre les déficiences de la Loi mosaïque et les excès de celle du Christ. Or le milieu, la modération est synonyme de vertu. Donc si la Loi de Moïse est bonne, celle du Christ, meilleure, celle de Mahomet est tout en haut de l'édifice et le couronne" (d'après Manuel II Paléologue, Entretiens avec un musulmans, sur un résumé d'Alain Besançon dans son livre Trois tentations dans l'Eglise). En effet, la communauté musulmane se définit elle-même comme étant la Communauté du juste milieu, ce qui fait d'elle, un modèle de modération et de vie équilibrée. Reste à savoir si le droit à la polygamie, par exemple, ou encore l'interdiction absolue de boire de l'alcool, sont emprunts de modération? Quant à suivre le Christ dans une imitation parfaite de son renoncement et de ses dépouillements jusqu'à la mort sur la croix, cela demeure un choix de vocation éminemment spirituel et, par là même, concerne un mode d'adhésion spécifique au mystère christique, comme le sacerdoce ou la vie consacrée. Mais "il y a beaucoup de demeures dans la Demeure de mon Père", et les vocations sont nombreuses et variées, sans toutefois, quelles qu'elles soient, faire l'impasse, à un moment ou à un autre de la vie, sur la mort à soi et la résurrection dans le Christ.