De Quincey et la réhabilitation d’Iscariote

Le livre les enlumineurs de cauchemars

existe en format papier

aux éditions Docteur Angélique
au format ebook

chez Hypallage Editions

 

 

            Disons dès l’abord que Thomas De Quincey est anglais… Que Sainte Jeanne d’Arc nous protège de l’outrancière et odieuse excentricité de ce citoyen de la perfide Albion !

            Nous aurons bientôt le dégoût d’apprendre comment vint à un esprit opacifié par les opiacées l’idée incongrue d’oser la réhabilitation de l’Iscariote. Mais pour commencer, écoutons notre homme renvoyer, en deux phrases, les deux premières de son essai consacré au traître, toute la théologie à ses supposées ténèbres :

            « Tout ce qui se rapporte de près ou de loin aux idées communes que nous avons sur cet homme, ses buts véritables et sa condamnation dans les Ecritures semble erroné. Tout, de ce que nous entendons traditionnellement à son sujet, est faux – et non tel ou tel point particulier » (De Quincey, Judas, 1853).

            On ne peut qu’applaudir le toupet ! Une si désinvolte assurance, si le cœur du sujet n’en était pas la perfidie, aurait de quoi nous laisser béats. Mais c’est avec un esprit de sérieux, nourri par une véhémence jamais relâchée, que l’auteur anglais resserre son écriture et qu’il passe à l’étau mental de la drogue sa figure de Judas. La sensation est curieuse, du reste, dérangeante même, qui ressort de cette manière d’écrire à la fois docte et fantasque, sourcilleuse et désordonnée, péremptoire et… pour tout dire précaire.

            « Où De Quincey avait-il trouvé pareils accents ?D’où lui venait pareille assurance ? Je n’ignorais pas que cet érudit pointilleux, ardent et batailleur aimait à faire preuve d’autorité en tout domaine dès qu’il prenait la plume. […] Ici cependant, dans cet essais sur Judas, se faisait jour bien davantage que sa détermination et sa combativité habituelles : on y sentait une conviction, on y percevait un accent de pressente nécessité qui forçait l’adhésion. En vertu de quoi ? », se demande cependant Pierre Leyris en présentation du texte de De Quincey aux éditions OMBRES (tout un programme !…).

            En vertu de quoi donc, l’auteur fut-il assez convaincu pour plaider une telle cause et assez sûr de forcer l’adhésion de son lectorat pour tenter le « grand écart » noir sur blanc ? La réponse à la question « en vertu de quoi ? » est à tout bien prendre très simple. Prosaïque : c’est une vertu narcotique. Thomas de Quincey est célèbre pour avoir été l’écrivain expérimentateur, ou plutôt l’expérimentateur écrivain, de la « noire idole », du fruit du pavot. N’a-t-il pas produit l’atroce récit de sa dérive opiomane sous le titre Les confessions d’un mangeur d’opium anglais. Une telle gourmandise coupable ne pouvait accoucher que de plus amples désordres, dont son Judas, en effet, n’est pas le moins pathologique.


 

 

            Mais