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VI- La destruction de tout mal

            Après avoir lutté durant le chapitre précédent contre les pires horreurs du discours sur l'enfer, il est grand temps de trouver un peu d'air pur. Il s'agit ici de confesser, une bonne fois pour toute, la victoire définitive du Christ sur toute puissance du mal. Seul le bien demeure.

            Sans contredire ni détourner le sens des Ecritures et des dogmes de l'Eglise, il est tout à fait possible de définir une solution théologique à la question de l'enfer. De façon catégorique, nous affirmerons, en nous appuyant sur des bases scripturaires et théologiques solides, que la victoire de Dieu sur le mal passe par la destruction de l'enfer. Cette destruction de l'enfer s'opère par la destruction des créatures infernales composant l'enfer.

            - Dans un premier temps, nous verrons que Dieu a le pouvoir de détruire les êtres qu'Il a créés. Personne ne Lui ayant commandé de créer, personne non plus ne peut prétendre gouverner à Sa place, Dieu est maître de Sa création et en dispose à Sa guise. Combien plus, selon Sa justice, Dieu possède-t-Il le droit de détruire tout ce qui ne Lui correspond pas.

            - Dans un second temps, nous verrons comment l’œuvre de salut du Christ consacre la victoire définitive du bien sur toute puissance du mal. Le sacrifice du Christ devient le pouvoir de Dieu de détruire le mal à tout jamais.

                        1/ Le châtiment de l'anéantissement

                                    A/ Les êtres existent si Dieu les reconnaît

            La reconnaissance par le Christ des hommes qu'Il rencontre est fondamentale. Elle signifie que l'amour est partagé entre Dieu et l'homme. Et cette relation d'amour entre Dieu et l'homme est la source même de la vie. Lorsque le Christ rencontre le jeune homme riche, Saint Marc nous dit: "Alors Jésus fixa sur lui son regard et l'aima" (St Marc, 10.21). Dieu nous a aimé le premier mais Il s'émeut de l'amour que nous pouvons Lui donné nous aussi en retour. Dieu nous reconnaît également par l'amour que nous pouvons nous donner entre nous.

            A l'inverse, un homme qui n'est pas capable d'aimer n'a pas la vie en lui. "Nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. Celui qui n'aime pas demeure dans la mort" (Première épître de Saint Jean, 3.14). Et Dieu ne peut nous reconnaître que par l'amour que nous portons chacun en nous et que nous partageons. C'est cet amour qui nous fait vivre en enfants de Dieu. Celui qui hait ignore Dieu et ne peut être reconnu par Lui. A ce propos, trois passages des évangiles où le Christ préside au jugement des méchants à la fin du monde, sont significatifs:

            - "Alors je leur dirai en face: "Jamais je ne vous ai connus; écartez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité"" (St Matthieu, 7.23).

            - "Mais il vous répondra: "Je ne sais d'où vous êtes; loin de moi, tous les malfaisants!"" (St Luc, 13.27).

            - "Mais il répondit: "En vérité je vous le dis, je ne vous connais pas"" (St Matthieu, 25.12).

            Les méchants qui sont sans amour, Dieu ne les reconnaît pas. Ils n'ont rien par quoi Dieu pourrait les identifier. Ils sont morts à toute vérité de l'être. Ils cessent par là-même d'exister.

            C'est parce que Dieu les connaît que les êtres existent: "En effet, en tant que Dieu cause les êtres par ses idées, leur similitude existe en lui: "Ainsi, parce que le monde n'est pas produit au hasard mais par l'intelligence divine, (...) il est nécessaire qu'une forme, modèle de ce monde, existe en elle. Et c'est en cela que consiste l'idée elle-même" (St Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia, Q.15, a.1, c.). De plus l'ordre de l'univers étant la fin principale voulue par Dieu et le tout n'étant connu que si ses parties sont connues, les "raisons" propres de tous les êtres existent dans l'Esprit divin" (Jean-Marie Vernier, Les anges chez Saint Thomas d'Aquin).

            De même, on peut lire dans la Bible le verset suivant: "Avant qu'il créât, toutes choses lui étaient connues" (Ecclésiastique, 23.20).

            Ce qui implique que Dieu peut effacer Sa créature de Son Esprit et la faire ainsi disparaître à jamais: le "je ne vous connaît pas" est en fait un "je ne vous ai jamais connu".            Devant la néantisation de leur être, Jésus dit aux méchants: "Je ne sais d'où vous êtes"; leur être n'a plus d'existence en Dieu. Et "qu'il y ait un moment où rien ne soit, éternellement rien ne sera" (Bossuet). Ce que l'on peut traduire à l'échelle d'un individu par: "Qu'un jour un être ne soit pas, jamais il n'aura été!". Ainsi dans la bouche du Christ, le "je ne vous connaît pas" et le "je ne vous ai jamais connu" sont-ils équivalent et signifient-ils la même chose: vous n'existez pas pour moi, autant dire que vous n'avez jamais existé!

            Reprochera-t-on à Dieu par la disparition des méchants de revenir sur Sa décision d'avoir créé? Non. Car "Dieu change Ses oeuvres et non Ses desseins" (Saint Augustin, Confessions, Ch.IV). Ainsi, Dieu a créé les êtres pour qu'ils soient heureux. L'iniquité des méchants, qui est oeuvre de malheur, n'a donc aucune part dans Ses desseins, et Dieu, sans renier ce qu'II a fait, car Il n'a pas fait l'iniquité, peut en toute justice les éliminer les méchants.

            Aussi, "ne tarde pas à revenir au Seigneur et ne remets pas jour après jour, car soudain éclate la colère du Seigneur et au jour du châtiment tu serais anéanti" (Ecclésiastique, 5.7). De telle sorte que le pénitent implore Dieu de ne pas l'ignorer: "Ne me repousse pas loin de ta face, ne retire pas de moi ton esprit saint" (Psaume 50).

                                    B/ La destruction de l'enfer

            Nous avons dit au chapitre précédent que l'enfer n'était pas un châtiment infligé par Dieu. Au contraire, l'enfer est une peine que l'impie s'inflige lui-même à lui seul. A cette assertion, nous pouvons apporter du point de vue de la foi catholique deux preuves irréfutables: la première est tirée des Saintes Ecritures, la seconde du catéchisme officiel de l'Eglise Catholique.

            D'après la définition de l'enfer donnée dans le Catéchisme de l'Eglise Catholique de 1992, au n°1033, on peut lire que c'est la créature pécheresse, qui en persévérant consciemment dans son péché, se condamne elle-même éternellement.

            N°1033: "Mourir en péché mortel sans s'être repenti et sans accueillir l'amour miséricordieux de Dieu, signifie demeurer séparé de Lui pour toujours par notre propre choix libre. Et c'est cet état d'auto-exclusion définitive de la communion avec Dieu et avec les bienheureux qu'on désigne par le mot "enfer"".

            L'Eglise parle d'un "état d'auto-exclusion". Tout d'abord, si l'on prend en compte le mot "état", il ne saurait désigner un lieu extérieur à la créature concernée mais bien plutôt sa disposition intérieure. Et cette disposition intérieure s'avère dans le cas du pécheur impénitent et résolu à cette impénitence être une aversion pour Dieu.

            L'Eglise parle de l'enfer comme étant un état et non un lieu. Alors que dans la Bible le paradis apparaît suivant l'Apocalypse de Saint Jean sous la forme d'un lieu dont la vision de la Jérusalem Céleste est la révélation (Ap. 21.9+), l'enfer quant à lui, n'a plus dans le langage du catéchisme de l'Eglise de 1992 le statut de lieu du châtiment par Dieu des pécheurs. L'enfer n'est plus un lieu mais un état, et tout au plus pourra-t-on dire que l'enfer est localisé à l'intérieur des pécheurs en état de péché perpétuel. Cette notion d'"état" que confesse désormais l'Eglise est aux antipodes des visions médiévales de l'enfer, où diables et diablotins s'affairaient à torturer dans de profonds abîmes englués de ténèbres les âmes des damnés, les perçant de leurs fourches, les déchirant de leurs griffes et les faisant bouillir dans des marmites géantes ou cuir sur des grils acérés.

            De plus, le terme "d'auto-exclusion" exprime, sans erreur possible d'interprétation, le fait que ce sont les créatures pécheresses elles-mêmes qui s'infligent l'enfer. Le terme "d'auto-exclusion" dément toute forme de participation de Dieu aux peines de l'enfer. Ainsi l'enfer est de la seule responsabilité de la créature qui s'y enferme d'elle-même.

            Voyons maintenant ce que les Ecritures Saintes en disent. L'enfer est entretenu par le feu du péché; c'est ce que nous donne à méditer Isaïe, qui fut le premier à parler de l'éternité du mal de l'enfer chez ceux qui en sont embrasés:

            "Et quand on sortira, on verra les cadavres des hommes qui se sont révoltés contre moi. Leur ver ne mourra pas et leur feu ne s'éteindra pas, ils seront en horreur à toute chair" (Isaïe, 66.24).

            Il faut très clairement remarquer ici que les expressions "ver (qui) ne mourra pas" et "feu (qui) ne s'éteindra pas" sont précédées par le pronom possessif leur. Ce qui signifie que ce ver et ce feu sont propres à la créature pécheresse. Ils ne sont donc pas infligés par Dieu. L'enfer est un feu qu’alimente la créature elle-même. De plus, ce passage d'Isaïe exprime le fait que la révolte de l'enfer est une révolte qui de la part de la créature révoltée ne saurait avoir d'issue, qui ne mourra pas, qui ne s'éteindra pas. Le feu qui dévore les pécheurs impénitents est un feu qui ne s'éteindra pas parce qu'il ne connaissent plus le repentir; ils persévèrent dans le mal; leur ver (leur perversité) est irrémissible; le feu de leur haine inextinguible. Telle est la folie de ce péché, qui tel un ver ronge de l'intérieur la créature impie sans que soit consommé son tourment, qui tel un feu la brûle sans que soit consumée sa révolte. Si la créature impie est tourmentée, il faut cependant être horrifié de constater que c'est justement parce qu'elle ne renonce pas à son tourment. Et c'est exactement cela l'enfer, un tourment délibérément voulu et entretenu pour échapper et s'opposer définitivement à Dieu:

            "Notre débat dans l'Absolu partage le monde et crée l'Enfer et le Ciel. Ainsi, quand je dis: "ma perte", il ne s'agit que de l'interprétation divine de l'état dans lequel me précipite ma résistance à la grâce; mais le damné, autre Titan, jouteur formidable, revêtu d'une dignité affreuse et sublime que Dieu ne saurait méconnaître, peut aussi bien considérer sa révolte, devenue définitive, comme une victoire et préférer à n'importe quelle gloire la solitude où son courage l'établit pour l'éternité, face à face avec Dieu, sur un trône égal à celui de Dieu" (Marcel Jouhandeau, Algèbre des valeurs morales, défense de l'enfer, -1935-).

            Qu'ajouter à un discours d'une logique aussi effroyable?

 

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Ressources Internet:

- Urs Von Balthazar et l'apocatastase:
http://www.eleves.ens.fr/aumonerie/numeros_en_ligne/careme98/bourgeois.html
- Pour une théologie de l'espérance:
http://www.eleves.ens.fr/aumonerie/numeros_en_ligne/careme98/legendre.html
- L'enfer est-il théologique?
http://www.eleves.ens.fr/aumonerie/numeros_en_ligne/careme98/lavaud.html
- L'éternité des peines de l'enfer:
http://perso.wanadoo.fr/catholicus/Enfer/enfer9.html

- Article encyclopédiqueApocatastase en ligne:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Apocatastase

- La traduction du mot Apokatastasis et la question de la restauration de la Royauté d'Israël:
http://www.rivtsion.org/f/index.php?sujet_id=649
- Gestes et déclarations du Christ à caractère apocatastatique
http://www.rivtsion.org/f/index.php?sujet_id=497
- Le mystère de l’Apocatastase
http://www.rivtsion.org/f/index.php?sujet_id=2757
- Qu'est-ce que l'apocatastase ?
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